La première vague d’intégration de l’environnement en développement de produits date du début des années 1970. Son objectif principal est de diminuer la quantité de déchets solides qui se retrouvent dans les sites d’enfouissement. Elle est associée à l’approche bouclage des flux de matières. Selon Millet (1995), « cette approche consiste à poser que les impacts environnementaux occasionnés par le produit seront minimisés si l’on réalise le bouclage des flux de matières intervenant dans la phase fin de vie du cycle de vie du produit ». Rapidement, des chercheurs américains notamment, s’intéressent à des démarches incluant de multiples impacts environnementaux, selon lesquelles l’optimum écologique est obtenu en minimisant cinq critères (l’énergie, la matière, les déchets solides, les rejets dans l’eau et les rejets dans l’air) durant l’élaboration d’un produit ou d’un service. Au départ, l’approche multicritères consiste à intégrer les bilans matières, utilisés par l’industrie chimique, aux bilans énergétiques développés à la suite du choc pétrolier pour avoir une vision plus complète des ressources nécessaires à l’élaboration de produits. Plus tard apparaissent les «REPA» (Ressources and Environmental Profile Analysis). Dans ces analyses, outre les ressources utilisées, on prend en compte les rejets générés par le système de production à l’étude. Au milieu des années 1970, l’urgence de la diminution des déchets capte toute l’attention. Ce n’est qu’au début des années 1980 que l’intérêt pour ces analyses revient. Ainsi, en 1979, des industriels américains créent la SETAC (Society of Environmental Toxicology and Chemistry), avec l’objectif de développer et de promouvoir les outils permettant d’évaluer les impacts environnementaux d’une technique ou d’une activité. Durant les années 1980, on intègre dans les analyses d’impact les matériaux, l’énergie, les déchets solides, les rejets dans l’eau et dans l’air pour obtenir une vision de plus en plus complète des impacts générés par des produits ou des systèmes. Toutes ces analyses que l’on nomme : « éco profil », « écobilan», « analyse du berceau à la tombe » sont peu à peu regroupées sous l’appellation Analyse de Cycle de Vie (ACV) («Life-Cycle Analysis» (LCA)). En Europe, les impacts environnementaux liés à l’utilisation de l’énergie conduisent à développer des analyses énergétiques qui tiennent compte, outre des quantités d’énergie dépensée, des types d’énergie utilisés. C’est au milieu des années 1980, en Suisse, que les premiers résultats des études sur les impacts environnementaux de certains produits sont publiés sous le titre «Bilan écologique des matériaux d’emballage » (mieux connu sous le nom de «BUWAL »). La méthode, permettant d’obtenir les « charges écologiques » des produits étudiés, s’appuie sur quatre critères : la consommation d’énergie, les rejets dans l’air, les rejets dans l’eau et les rejets solides (Blouet et Rivoire 1995). À partir des années 1990, les études énergétiques incluent de plus en plus des impacts environnementaux et sont intégrées aux approches multicritères. En 1991, après la tenue de son neuvième workshop, la SETAC publie un rapport (A Technical Framework for Life-Cycle Analysis) (SETAC 1991) dans lequel est définie la première méthode. À partir de cette méthode, la SETAC entreprend des études de cas, ce qui lui permettra d’établir des bases de données et d’affiner sa méthode. Aujourd’hui il existe une cinquantaine de logiciels permettant de réaliser des ACV à partir de différentes bases de données. L’ACV est devenue l’outil ultime en matière d’analyse de produit du point de vue environnemental.